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La gestion de la mémoire personnelle

Le pourquoi du comment j'ai décidé d'écrire cet article.

Nous archivistes, généalogistes, historiens et bon nombre de personnes plus ou moins professionnelles abordons souvent le sujet de la mémoire. Souvent pour critiquer, parfois pour nous enorgueillir d'un certain devoir, ce qui je vous l'accorde est important puisque fonction première de notre métier. Après tout, nous sommes les gardiens de la mémoire puisque gardiens des archives (ça va les chevilles ?). Cependant je me suis rapidement rendu compte qu'au-delà de la mémoire du papier, la mémoire personnelle prend un grande place dans la conservation de l'histoire et de nos souvenirs. On connait tous Ginette qui est la depuis 30 ans et qui est là seule à pouvoir nous dire pourquoi l'orgue de l’église a été déplacé en 1982. Oui parce que c'est bien beau de savoir qu'il a été déplacé. Mais de savoir pourquoi et comment, c'est encore mieux. Avez-vous déjà essayé de comprendre comment fonctionne notre mémoire ? Par la force des choses, j'y ai été personnellement obligée. Et je me suis rendu compte que nous constituons tous une mini (ou maxi) base de donnée à l'intérieur de notre jolie petite cervelle pour pouvoir survivre au monde hostile du travail, politique et familiale, sportif et intellectuel, bref tous ce qui nous concerne nous en tant qu'humain.


Film d'animation "Vice-versa", la mémoire à long terme. Parce que oui je suis encore une grande enfant.
Film d'animation "Vice-versa", la mémoire à long terme. Parce que oui je suis encore une grande enfant.

Les différents types de mémoire

Tout d'abord petite parenthèse sur la différence entre la mémoire et le souvenir. Parce que je vous vois venir derrière votre écran là. Quoi de mieux que le Larousse en ligne pour obtenir une définition théorique exacte ? Voici donc ce que la recherche m'a pondu:

  • Mémoire: Activité biologique et psychique qui permet d'emmagasiner, de conserver et de restituer des informations.
  • Souvenir: Activité biologique et psychique qui permet d'emmagasiner, de conserver et de restituer des informations ou faculté de se rappeler.

Voilà donc c'est presque pareil. Pas de "blabla, mais non selon Freud..", on s'en fout, oubliez-le 2 secondes.

En gros on compte 5 types de mémoire que notre cerveau met en marche de temps en temps et qui les interconnecte, histoire d'optimiser le résultat.

La mémoire de travail 

Cette mémoire correspond à ce que l'on appelle la mémoire à court terme. C'est celle que nous utilisons le plus souvent car nous la sollicitons quotidiennement, par exemple lorsqu'on doit retenir combien de sucre Ginette nous a demandé de mettre dans son café, ou encore lorsqu'on retiens un numéro de téléphone avant de le composer.

C'est aussi la première étape avant l'intégration de souvenirs dans notre mémoire à long terme. Oui forcément, si tout les jours à la pause de 10 heures tu met deux sucres dans le café de Ginette tu va finir par le retenir. Le souvenir sera rentré dans la mémoire à long terme.

La mémoire épisodique

Là, on rentre dans la mémoire à long terme. C'est la section dans notre tête ou nous conservons les souvenirs les plus précieux, les plus intéressants ou tout simplement ceux qui nous ont marqué. C'est LE système de conservation de nos souvenirs, des choses que nous avons vécu. Comme par exemple que  mon cousin m'a volé mon goûté d'anniversaire quand j'étais en 4ème. Salle ordure.

La mémoire sémantique

Cette  mémoire concerne le stockage dans notre magnifique cerveau de tout ce qui nous concerne notre personne ainsi que le monde qui nous entoure.  Cette mémoire ce raccroche à notre passé, notre vécu et l'histoire générale. En fait c'est l'immense salle d'archives conçu par notre cerveau dans notre tête. Toutes les données sont là, classées et bien conservées, il suffit juste de la retrouver. En fonction de la longueur de nœud neuronale la réponse peut mettre du temps à arriver, comme lorsqu'on nous demande un registre qui se trouve à l'autre bout du dépôt. 

La mémoire procédurale

Celle-là c'est la mémoire des automatismes, aussi appelée mémoire implicite. Il s'agit de l'acquisition implicite de connaissance concernant une ou plusieurs taches motrice, comme par exemple utiliser une fourchette, skier, faire du vélo. Vous apprenez à utilisez vos couvert, à nager ou encore à vous brosser les cheveux une ou deux fois. Mais une fois l'information acquise, le cerveau la stocke dans la partie implicite (presque inconsciente j'ai envie de dire) de notre cerveau afin de la réutiliser de manière automatique.


La mémoire perceptive

Et enfin, la dernière: la mémoire liée au 5 sens (vue, ouïe, odorat, goût et toucher). C'est aussi une forme de mémoire implicite ou inconsciente, même si nous pouvons l'activer volontairement. Cette forme est connectée au 4 autres. Celles qu'utilisent le plus la majorité des gens sont les mémoires visuelles et auditives. Certaines personnes (ce qui est mon cas) ont développé une mémoire olfactive plus approfondie. Les deux dernières, tactile et  gustative sont le plus souvent raccrochées à la mémoire de travail qui est immédiate.


Travailler sa mémoire.

Source de l'image : Pixabay. Licence CC0 Creatives commons.
Source de l'image : Pixabay. Licence CC0 Creatives commons.

Des manières de booster votre mémoire vous pouvez en trouver à la toque sur le net, pas besoin de chercher bien loin. Voici ma théorie : nous devons améliorer la mémoire qui nous correspond. Je m'explique en vous donnant mon propre exemple. Je suis une vrai bille en apprentissage du "par-cœur". Si vous me demandez la date du sacre de Charlemagne, je saurais même pas vous répondre. Pourquoi ? Parce que je fais partie des 5% de personnes (attention chiffre au hasard sortit de ma tête et non de statistiques officielles) dont les piliers de mes souvenirs sont composés à 70% de mémoire perceptive, et en plus comme si ça suffisait pas, majoritairement de mémoire olfactive, tactile et visuelle. C'est complètement chiant, je vous l'accorde. Je n'ai jamais pu apprendre par cœur quoi que ce soit et le retenir plus que deux jours. Et c'est pas faute d'avoir essayé.  J'envie carrément les personnes qui n'ont besoin d'entendre les paroles d'une chanson qu'une seule fois avant de les retenir. Ceci expliquant pourquoi jusqu'à mon année de licence je faisais partie de la moyenne basse des étudiants. Toute ma scolarité a tournée autour de 10/12 de moyenne générale en bossant comme une acharnée histoire de pas être à la traîne. Et un jour j'en ai parlé à mon médecin, qui m'a renvoyé vers un spécialiste, puis vers un autre, et pouf ! Une consultation plus tard j'étais transformée.  Comprendre son système de mémoire permet d'optimiser l'apprentissage. Ainsi dans mon cas, j'optimise ma mémoire par la répétition de gestes et par la construction d'un palais mental.

Voici comment je m'en sert au travail par exemple (encore un fois, ma méthode ne correspond pas à tout le monde): étant donné que ma mémoire est davantage tactile et olfactive que visuelle, tout les matins lorsque je vais vérifier les salles d'archives je passe ma main sur chaque rangée. Toucher chaque boite me permet de me rappeler le lendemain si il m'en manque une, et du coup de me souvenir si c'est moi qui l'ai sortit ou le fantôme de Ginette qui me l'a piquée. Ça c'est un exemple du système de répétition. Le palais mental je l'utilise surtout car j’enchaîne les missions dans plusieurs communes ou entités et forcément il arrive un moment ou il faut que j'archive ce qu'il c'est passé dans tel organisme avant de pouvoir passer au suivant. Le dernier soir de ma mission je rentre dans mon palais mental et crée une nouvelle salle au nom de l'entité. Puis je crée les rayonnages. Il y a un rayonnage "personnel" pour pouvoir me rappeler des gens que j'ai côtoyé et que j'associent presque toujours à une odeur (parfum, ou autres...). Il y a aussi un rayonnage "localisation" ou je stocke la configuration des locaux et des salles d'archives dans lesquelles j'ai travaillé, cette fois-ci associé majoritairement au touché. Le point final est de sélectionner les informations que vous souhaitez conserver et d'envoyer à la destruction le reste sans bordereau d'élimination (ou de tout faire cramer dans votre tête, au choix).

Pourquoi faire tout ça ? Eh bien parce que quand Ginette m’appellera dans un an pour me demander "ou est-ce que tu avait rangé l'échelle dont tu te servait pour monter les archives sur la dernière rangée ?", je pourrais lui dire que je l'ai laissée dans la salle d'archives n°3, derrière la porte. 

 

Pour la majorité des gens, faire travailler sa mémoire est assez facile (et je vous déteste pour ça ahahah). Mais je pense au personnes comme moi, qui ont passés des heures et des heures au coin parce qu'ils n'avaient pas réussis à apprendre la comptine, ou encore qui se sont tapés un 10 en histoire au BAC littéraire alors qu'ils avaient étudié d'arrache-pied durant des semaines... Pour la majorité de mes professeurs, je ne valait pas grand chose. Et oui j'étais nulle en histoire. Et regardez moi maintenant. Je suis archiviste.  

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