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La sécurité au travail

Hier en visitant le site de l'AAF comme à mon habitude matinale, je suis tombée sur un billet sur leur forum de discussion Yahoo posté par Mme Imbert (que je ne connait point) et concernant les modalités de conditions de travail et compensations attribuées à notre métier et aux différents postes que nous pouvons occuper. En lisant plus attentivement, je me suis rendu compte que les questions qu'elle se pose me concernent aussi, sauf que je n'y avait tout simplement jamais réfléchi correctement, jusqu'à ce que je me bloque le dos ce week-end à force de déménager les archives toute seule.

Première réaction : en parler sur Twitter. Après en avoir discuté avec certaines de mes consœurs (merci à @alittlefrenchy et @jlcschneider pour votre réactivité !), je me suis rendue compte qu'effectivement les 3/4 du temps j'effectue la manutention et les déplacements, bref TOUT, toute seule bo****. Et que forcément, je ne suis certainement pas la seule dans ce cas-ci. 

Nos droits

L'indemnité pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants (ITDIIS)

 

Elle est classée en trois catégories :

  • 1ère catégorie : indemnité pour l’exécution de travaux présentant des risques d’accidents corporels ou des lésions
  • 2ème catégorie : indemnité pour l’exécution de travaux présentant des risques d’intoxication ou de contamination
  • 3ème catégorie : indemnité pour l’exécution de travaux incommodes ou salissants

Les principaux textes sont les suivants : 

Le Tableau annexe 2B de l'arrêté du 18 mars 1981 fixe les modalités d'attribution de la prime, en gros qui y a droit, ou non. On y retrouve les deux parties ci-dessous. Notre travail est donc classé en catégorie 3, et donc tout de même reconnu comme "insalubre".

Sur les conseils de @jlcschneider , je me suis rapprochée d'un ancienne collègue à moi spécialisée dans les ressources humaines et le juridique, et devinez ce que j'ai appris ! Il est possible à notre entrée dans un organisme public de demander l'attribution, soit directement de vêtement et équipement de travail donc par exemple blouse et chaussures de sécurité, soit une compensation/dotation financière afin de pouvoir acheter vous même ce dont vous avez besoin. En effet si vous êtes le seul archiviste en poste, vous n'allez pas avoir les mêmes besoins que les services techniques, ce qui exclu d'office les commandes de matériels groupés, il est donc plus commode pour eux que ce soit vous qui fassiez vos propres emplettes.

Est-ce que j'avais déjà entendu parler de tout ça ? Non. Est-ce que je m'étais déjà posé la question ? Et bien après avoir craqué 2 jeans, 1 tee-shirt, un soutif (oui, ça arrive et croyez-moi c'est vraiment pas drôle, surtout quand c'est en pleine réunion et que vous faites pas un 90B), une robe et avoir investit dans une nouvelle paire de chaussure à chaque changement de mission, j'avais bien compris que je ne travaillerais jamais dans un environnement sein, mais je l'avais accepté comme tel, sans réellement me poser de question. Est-ce que je suis naïve ? Je pourrais dire que oui, mais encore une fois en y repensant, je me suis dit que par exemple c'est un point que l'on n'a jamais abordé à l'université. La manutention et la formation aux différents environnements de travail (insalubre ou non) et à nos droits n'ont pas fait l'objet de cours spécifiques dans ma formation, et je le regrette bien évidemment.

Mon avis sur la question

Je pense qu'il faut encore une fois faire la part entre la théorie et la pratique lorsqu'on commence à travailler dans un organisme. Dans les grosses structures ou les grands centres d'archives, la manutention n'est généralement pas effectuée par l'archiviste et les locaux ne sentent pas l'humidité ou la moisissure ou bien encore la poussière (pour en avoir fait l’expérience, je peux l'affirmer sans crainte de dire de bêtises). Souvent les archivistes ont des chariots, des ascenseurs et les salles sont (généralement) aux normes. Mais aussi, et surtout, la majorité des grands services d'archives ont leur propre "service technique", c'est-à-dire qu'une partie du personnel du service technique leur est dédié pour effectuer les travaux de manutention, transports, déplacement, bref tout ce qui est peu lourd et chiant à faire. Mais nous ne sommes pas tous en train de travailler au sein de telles structures.

Les communes dans lesquelles je bosse comptent  entre 400 et 6 000 habitants. Concrètement, la plupart du temps les services techniques n'ont pas les moyens de m'attribuer une personne même à mi-temps pour m'aider. En fait, la vérité c'est que les 3/4 du temps je fais tout moi-même. Parce que si je le fais pas, ou que j'attends que un gars se libère pour venir m'aider, je n'avance pas dans ma mission et je risque de mourir de vieillesse avant que le travail les boites soient déplacées du point A au point B. Et il faut avancer. Je n'ai pas le choix d'avancer. On me donne un temps de mission, 3 mois pour cette commune, 6 mois pour une autre. Et il faut que le traitement minimum soit effectué avant la fin de la mission. Je ne suis pas partisante du tournage de pouce devant mon ordinateur. La prime et les équipements ont y aurait droit, on aurait même le droit de refuser de travailler vu les endroits morbides que l'on découvre parfois. Mais peu de mairie acceptent de mettre en place cette prime, ou ont les moyens de nous aider financièrement ou matériellement. Chacun réagit à sa manière à son entrée en poste. Moi j'ai tendance à partir du principe que je n'aurais pas d'aide (ce qui est très fréquent), et que la manutention et le travail insalubre font partie de mon métier, et donc j'accepte la situation comme telle. Si je veux effectuer mon boulot correctement, je dois le faire du début à la fin. Et si par chance j'ai de l'aide en plein milieu je prends ce qu'on me donne. Bien entendu dans les situations extrêmes (comme actuellement avec mon dos bloqué) je sais faire entendre ma voix pour dire stop. Ce que j'ai du faire malheureusement hier puisque les services techniques n'avait prévus de m'aider qu'en fin de semaine, voir "peut-être la semaine prochaine si on a le temps". A 2 mois de la deadline, autant dire que ça commençais vraiment à urger. Certains de mes supérieurs et collègues ne semblaient pas comprendre la situation, mais heureusement ma DGS (ALLELUJA) l'a comprise et a foutu un coup de pied dans la machine. Résultat: deux gars ce matin pour m'aider à faire tout ce que je voulais. Et ça, ça fait du bien.


N'hésitez pas à partager votre expérience et votre opinion sur le sujet. Tout conseil est bon à prendre, et je suis certaine que d'autres archivistes ont des expériences différentes à partager ! N'hésitez pas à faire un tour sur mon article "Archiviste aventurier – parce qu’on aime faire nos curieux." afin de voir les situations que j'ai déjà vécues ! 

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