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#1 - Archives à travers le monde - Espagne - Russie - Chine

Tout a commencé avec mes recherches personnelles généalogiques sur la branche espagnole de ma famille, ce qui n'est pas une mince affaire. Et puis, allez savoir pourquoi, ça m'a prit d'un coup comme ça, PAF ! Un petit sujet sur les archives de nos voisins plus ou moins éloignés a émergé dans un de mes rêves foutant à l'eau la licorne-CDI initialement venue me rendre visite durant mon sommeil. Et voilà qu'à cinq heure du matin je commence mes recherches avec les ronflements de mon compagnon juste à coté de moi.

Au départ je m'étais un peu emballée, après avoir raccourci la liste de plus de 20 pays à un chiffre raisonnable de 3, j'ai plongé la tête la première dans les recherches fastidieuses, mais captivantes, sur les archives de nos confrères espagnols, russes et chinois. 

Attention, petit warning de départ que je mettrais dans chacun de mes articles sur les archives à travers le monde ! Plusieurs détails sont à prendre en compte lorsque vous effectuez des recherches historiques et ou généalogiques dans certains pays : 

  1. La politique de gestion et de communication des archives peut différer et de très loin de la France, les délais de communications sont donc à étudier auparavant.
  2. Dans certains pays il sera conseillé d'employer un spécialiste, et ce pour plusieurs raisons notamment linguistiques et (malheureusement) "raciales". En effet, il se peut que certains organismes ne répondent pas à vos requêtes du fait de votre origine "étrangère".
  3. Dans certains pays la communication des archives, même en salle de lecture, fait l'objet d'un paiement plus ou moins important.
  4. N'hésitez pas à faire un tour sur les forums dédiés.

Espagne

Concernant l'Espagne, le point "théoriquement" positif est que l'organisation territoriale ressemble a minima à celui de la France. Il y a donc l'Etat, puis les communautés autonomes, qui s'apparente à nos département, et les villes. La différence réside en les liens et les relations inter-entités qui sont majoritairement conflictuelles (non-pas que ça n'arrive pas en France, mais je dois avouer qu'en Espagne c'est vraiment particulier). Un point non-négligeable à prendre en compte et qui impact directement le gestion et la valorisation des archives est l'importance du culte catholique au sein du pays. Ajouter à ça le système de centralisation qui n'est vraiment pas au point et les multiples guerres, surtout la guerre civile qui a amené à une destruction massive et vous obtenez un cocktail qui semble bon mais qui mériterait un peu plus de sucre.

Archives historiques : 

Les archives historiques nationales se situent à Madrid. Vous pouvez avoir accès aux fonds par le biais du PARES (Portail des Archives Espagnoles) avec 2 systèmes de recherches (classique ou avancée), ou par le biais de l'inventaire dynamique. Le site n'est disponible qu'en Espagnol. Ce que l'on y trouve ? Les archives de la noblesse et de la couronne d'Aragon, de l'administration (fonds moins important niveau volumétrie), de la chancellerie et de "la mémoire historique".

En gros, un peu de tout. On trouve 7 séries en archives privées, et 5 en archives publiques, plus 2 série dites "collections" ou ils ont intégrés certains manuscrits, les cartes, plans et les cartes postales. Les analyses sont plus complètes qu'en France je trouve, davantage détaillées, cependant impossible de tomber sur des numérisations disponibles en consultation libre sur le site internet...


Archives servant à la généalogie

En Espagne l'Etat-civil "civil" et non religieux n’apparaît qu'en 1870. Vous pouvez faire une demande d'acte en ligne sur le site du ministère de la Justice, cependant cette procédure ne permet les recherches qu'au sein de ville de moyenne ou grande taille. Le meilleur conseil que je puisse vous donner si vous chercher dans une "petite commune" est de vous adresser directement à la mairie en envoyant un mail. Ça, c'est pour le actes pas trop vieux. Si vous souhaitez remonter plus loin, il va falloir vous adresser aux autorités religieuses responsables, et dans la plupart des cas vous devrez prendre carrément rendez-vous avec le curé, curé qui soit-dit en passant s'occupe de plusieurs paroisses et qui n'est pas disponible tout le temps. En plus de ça, généralement la demande d'acte voir de consultation est payante et plus ou moins cher en fonction des paroisses...

Vous pouvez aussi retrouver d'autres renseignement dans les archives notariales et dans les recensements, mais le problème est qu'il n'y a pas de règle indiquant par qui ces archives doivent être conserver. Il faut donc s'adresser à plusieurs entités avant de pouvoir trouver la perle rare.

Le petit plus: il n'y a ni tables décennales, ni mention marginales. Amusez-vous bien !


Russie

Le Russie est le plus grand pays du monde avec 17 075 400 km2 de terres (rien que ça...). La population estimée en 2015 est d'environ 146 millions d'habitants. L'organisation territoriale est complexe et m'a donné il est vrai du fil à retordre. Le territoire est divisé administrativement selon la répartition suivante (en gros): 83 sujets fédéraux découpent le territoire (21 "républiques", 9 "kraïs", 46 "oblasts", 2 "villes fédérales", 1 "oblasts autonome" et 4 "districts autonomes"), eux-mêmes regroupés en 8 districts fédéraux et 12 régions économiques. La gestion des archives est soumise à une charte crée en 2011 extrêmement longue et ennuyeuse que je ne reprendrais pas, et la plus grosse partie des archives sont conservés aux Archives d'Etat de la Fédération de Russie.

 

Archives historiques : 

Avant la mise en place du "nouveau régime politique" en 1917 les fonds étaient éclatés sur le territoire. La centralisation des archives s'est effectuée juste après cette "révolution" en 1917/1918. Les Archives nationales sont divisées en deux groupes : la période pré-révolutionnaire et la période soviétique. On retrouve donc les Archives nationales centralisées dites des actes anciens qui conservent les archives du 11e au 17e siècle et les Archives nationales historiques qui conservent les documents du 18e siècle à 1918 (environ). Et ensuite on retrouve le GARF. Le bâtiment principal des archives d'Etat de la Fédération de Russie (GARF) se situe à Moscou et regroupe les archives de la RSFRS et de l'URSS de 1917 à 1991. Une partie des fonds ont été ouvert à la recherche. Ce centre d'archives à sont propre site internet statearchive.ru et à moins que vous sachiez lire le russe ou que vous ayez un traducteur sous la main, vous allez en baver.


Archives servant à la généalogie :

Si vous cherchez à faire des recherches généalogiques pas besoin de s'adresser au GARF car il ne conservent pas les documents relatifs à l'état-civil eux-même. L'état recommande de vous adresser directement au "bureau d'enregistrement du lieu de résidence". En cherchant un peu plus j'ai pu trouver d'autres informations sur le site de l'ofpra.gouv. Voici donc comment est organisé l'état-civil en Russie : les actes de naissances sont délivrés par la ZAGS (que l'on va nommer bureau Z, parce que ça me plait), une entité rattaché au ministère de la justice. Il y a au moins un bureau Z dans chaque district du pays, voir plusieurs dans les zones plus importantes comme Moscou et Saint-Pétersbourg. La demande d'un acte de naissance diffère en fonction de si vous êtes majeur ou mineur (et je pense en fonction de votre nationalité aussi...). Concernant les actes un peu plus anciens il est recommandé de vous adresser au service d'archives, si il y en a un, ce qui est le cas des grandes villes comme Saint-Pétersbourg, ou de vous adresser directement au bureau de l'entité correspondante (ce qui n'est pas une mince affaire, et oui j'aime bien cette expression).  Si on prends le cas de Saint-Pétersbourg, les actes sont accessibles en ligne et la majorité numérisés, cependant l'accès est payant, même pour les versions numériques.


Chine

La Chine, un pays vaste, peuplé et l'une des civilisations les plus ancienne de notre planète. Jusqu'en 1840/1850 il n'y avait pas réellement de règles établies concernant la conservation et le classement des archives, à part pour celles permettant au pouvoir de maintenir sa position. En plus de tout ça, les guerres, les invasions et les catastrophes naturelles ont mis à mal la conservation des documents.  Les degrés d'entités sont multiples et leurs relations hiérarchiques complexes, en partie du à l'étendue importante du territoire. On compte donc : 22 provinces, 5 régions autonomes, 30 préfectures ("départements") autonomes et 124 districts ("bannières") autonomes. Détailler leur fonctionnement et déterminer les impacts et les enjeux serait pour moi extrêmement chronophage et mal-venue car je ne me prétends pas experte en sciences humaines et sociales.

Je vous invite donc à lire 2 articles: "Aperçu sur les archives d'État de la République populaire de Chine"  de Zhang Zhong dans La Gazette des archives disponible sur persee  ; ainsi que celui de Stéphanie Balme "Les institutions chinoises: une introduction" sur le site du Centre d'Etude et de Recherches Internationales (CERIUM). Ces deux articles sont très enrichissants et permettent de se pencher davantage sur le sujet pour ceux qui le souhaitent (ce qui est mon cas personnellement). Pour toute personne intéressé par l'histoire de la Chine, je conseil le site herodote.net, qui résume assez bien le déroulement de l'histoire chinoise et des différentes dynasties ayant été au pouvoir.


Archives historiques 

Aujourd'hui le système de collecte, de classement et de conservation est répartie en toile d'araignée, chaque entité et chaque niveau ont l'obligation de prendre en charge leurs archives anciennes et contemporaines. Concernant les archives historiques, difficile de trouver des informations fiables, surtout lorsqu'on ne parle pas un pet de chinois (Attention, par "le chinois" je veux dire le mandarin, car il y a aussi le cantonais et d'autres sous-langages à prendre en compte). Devant un silence documentaire assez impressionnant, j'ai pensé changer de pays plusieurs fois... Néanmoins j'ai réussi à retrouver quelques précieuses informations. Il s'agit donc des seules dont je suis certaines: il existe 3 centres d'archives "publics nationaux" en Chine:

Les règles de communications ne semblent pas différer des nôtres, surtout concernant le SHAC.

Archives servant à la généalogie 

Les point à prendre en compte :

  • le nom de famille est composé de 3 parties qui reflète le statut social de la personne et sa génération au sein de la famille (nom de la famille hérité du père ; nom de la génération basé sur l’arbre généalogique ; prénom).
  • l'application de la politique de l'enfant unique de 1979 à 2015, ce qui a eu pour conséquence la non-déclaration de milliers de naissances, et donc du non-enregistrement des enfants à l'état-civil.
  • les femmes ne sont pas intégrées dans la généalogies et l'histoire chinoise (du moins jusqu'à récemment), ainsi la majorité des sources, des personnages emblématiques, ou des recherches devront se focaliser sur les personnes de sexe masculin.

Les chinois en règle générale accordent beaucoup d'importance à leur ancêtre, ce qui se traduit pas l'entretiens d'autel (sous diverses formes) dans les maisons et par la mise à jour régulière d'un livret "généalogique" nommé le jiapu. Malheureusement ce livret n’inclus que les descendants de sexe masculin, et non féminin. De plus, il s'agit d'un livret intra-familiale auquel vous n'aurez pas accès à moins de connaitre vos cousins et qu'ils acceptent de vous en faire la copie. Autre ressource généalogique qui semble pertinente et fiable, l'Encyclopédie des Ancêtres Chinois par Nom de famille (Encyclopaedia of Chinese Ancestor Portraits of Different Surnames) qui date (quand même) de 1999, et qui répertorie les portraits d’ancêtres chinois en fonction de leur nom de famille retrouvés grâce à différentes sources généalogiques chinoises. Ces sources répertories donc les personnalités "importantes", membres de clans, de famille royale, etc. Pour le reste du peuple, vu l'étendu du territoire et le niveau d'alphabétisation qui n'a cessé d'augmenter au fil des années (mais qui n'est malheureusement toujours pas parfait), la mémoire orale prévaut sur la mémoire écrite, car les sources écrites sont inexistantes. Il est donc important de se déplacer, de s'adapter aux coutumes et de parler la langues (ou d'engager un interprète), car il vous faudra vous adresser directement aux habitants.

 

Pour ceux qui souhaitent en apprendre davantage, j'ai trouvé sur le site du cairn deux articles très intéressants qui sortent un peu du contexte généalogie, mais qui permettent de comprendre le système chinois ancien qui reste assez compliqué: "Les « règles familiales des ancêtres » "par Deng Xiaonan et Christian Lamouroux et "Sacrifices aux ancêtres, structuration des lignages et protection de l’ordre social dans la Chine des Ming" par Chang Jianhua.


Si vous aimez ce sujet, je choisirai bientôt 3 autres destinations qui nous permettront de voyager par les archives ! 

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