· 

6 choses que j'adore dans mon métier

Solitude ou sociabilisation, à vous de choisir

Première chose et pas des moindres, la possibilité de "s'exiler" aux archives ou pas, en fonction de la personnalité de chacun. La plupart des personnes non-archivistes que je côtoie au sein de mes différents postes ou dans ma vie quotidienne ont cette image de l'archiviste exilé dans sa salle d'archives ou dans son bureau. Ce que je peux dire c'est que c'est à moitié vrai et à moitié faux. Parfois nous avons besoin de nous isoler, surtout lorsque nous travaillons sur des dossiers difficiles ou sur du vrac, ou bien encore sur des dossiers dits "sensibles". Moi je suis partisane de l'intégration à l'équipe par la pause café, c'est à dire visiter mes collègues plusieurs fois par jour, histoire d'être tenue au courant d'un peu tout et de favoriser la dialogue. Mais après chacun son choix, et c'est cela que j'aime bien dans notre métier. Nous ne sommes pas soumis à une sociabilisation extrême comme cela peut être le cas au sein d'autres corps de métiers, ni à un exil forcé. Il ne tient qu'à nous de choisir notre niveau de sociabilisation.

Les découvertes ordinaires et magiques

Ayant déjà fais un article relatif dans un sens à ce sujet je vous invite à aller y jeter un coup d’œil. Être archiviste mêle la curiosité et un poil de chance. Il est possible de trouver tellement de choses dans les archives, en plus de vieux papiers moisis (c'était la petite remarque de Ginette). Des objets bizarroïdes, des anciennetés, des raretés, de l'alcool (oui, oui, vous avez bien lu), des chemises, des registres du 15e, des tenues ecclésiastiques, bref. Vraiment tout et n'importe quoi. Et c'est une des choses que je préfère.

La diversité du travail

Au-delà des découvertes extrêmement intéressantes que l'on peut faire, je trouve que le métier d'archiviste est un métier touche-à-tout. C'est vrai, pensez-y : toutes les parties de l'Histoire (ou presque hein ça va), chaque corps de métiers ou de l'artisanat, chaque secteur de recherche qu'il s'agisse de biologie, mathématiques, littérature, océanographie, environnement, urbanisme, bref je vais pas tout citer parce que ce serait extrêmement long ; au sein de chacun de ces secteurs on y retrouve des archives à gérer, à traiter, à conserver et à communiquer ou non d'ailleurs . Des archives privées, des archives publiques, des archives sur l'automobile, des archives sur la santé... Il m'est déjà arrivé de me retrouver sur un poste d'archiviste au sein d'un secteur d'activité (gestion des eaux) que je ne connaissais pas du tout. Je n'y suis restée que 3 mois (largement suffisant pour remettre sur pied le classement délaissé depuis 1950), mais j'ai tellement appris non-seulement au niveau de la gestion réelle des barrages, des micro-centrales, des analyses, etc. mais aussi au niveau personnel cela m'a permis d'enrichir mon vocabulaire et mes connaissances complètement lacunaires dans ce secteur d'activité. Je dois avouer que c'est un de mes critères pour le poste idéal : trouver un emploi dans un secteur d'activité un peu décalé et dans lequel je pourrais apprendre encore davantage.

Les rencontres marquantes

Là c'est le moment émotion. Je ne pensais réellement pas, en entrant dans ce métier, à faire autant de rencontres marquantes. Celles qui m'ont le plus marquées se sont passées avec des personnes âgées qui faisaient des recherches un peu particulière (parents disparus par exemple).  Mais la plus marquante pour moi est celle avec une personne dont je ne citerais pas le nom, qui souhaitait faire don de ses recherches à la ville ou il habitait. J'ai eu l'occasion de rencontrer cet homme de science doté d'une intelligence incroyable, d'un charisme fou, mais aussi tellement soucieux de léguer ses recherches afin qu'elles ne soient pas perdues que ça m'avait beaucoup touché. Il était, même à un âge avancé,  lucide, joyeux et doté d'un respect extrême envers notre profession. Il était ce genre de personne qui parlait peu, mais dont les paroles étaient toujours écoutées. Il n'est malheureusement plus de ce monde aujourd'hui.

Les moments récréatifs

Ça c'est vraiment une des choses que je préfère : s'amuser en travaillant. Ça vous parait impossible ? Parce que oui après tout les vieux papiers et l'archivage électronique ça a pas trop l'air fun... Voici quelques exemples de moments récréatifs que j'applique presque partout et dans lesquels j’embrigade souvent mes collègues, histoire qu'ils se détendent un peu le slip :

  • Faire une partie d'éclatage de boites d'archives vides (destination déchetterie) en sautant dessus (attention, grande chance d'arrêt de travail vu les probabilité de se casser la gueule).
  • Faire un igloo avec les boites destinées à l'élimination.
  • Faire un atelier "fluo", c'est-à-dire fluoter les archives éliminables (les boites hein) avec un méga-croix dessus, voir même des petits dessin si vous le souhaitez. Je pense même bientôt investir dans un tampon licorne.
  • Faire un atelier "arc-en-ciel", dont l'objectif est de remplacer les trombones rouillés par des "trombones archives" de toutes les couleurs, parce qu'il faut mettre du fun dans votre vie.
  • Visiter les bâtiments (attention, à faire pendant votre pause repas) auxquels vous avez légalement accès et y faire carrément un cache-cache.

Il existe encore beaucoup plus de possibilité de moments récréatifs, mais je ne pourrais pas tous les détailler.

Le syndrome de l'anti-héros

J'appelle ça le syndrome de l'anti-héros. Je dois avouer que ce n'est pas moi qui ai trouvé cette expression mais une collègue de travail qui est devenue aujourd'hui une amie. Lorsqu'on entre en poste dans un univers ou la gestion des archives n'est clairement pas la priorité, on passe pour la casse-bonbon de service. Pire que ça, beaucoup de personnes pensent que nous sommes les "mit au placard", ceux qui ne servent à rien. Pas vraiment sexy. Pas vraiment intelligent. Jusque là pas vraiment positif tout ça. Mais il arrive que notre image passe d'un niveau négatif -100 à un niveau positif  + 500 d'un coup, ce qui fait de nous des super-héros.  Ça peut être parce que vous avez trouvé le document que la chef cherche depuis des mois par exemple, et c'est là qu'on vous dit "mais qu'est-ce qu'on ferait sans vous...". Cependant la plupart du temps le syndrome anti-héros émerge lors de mon départ d'une entité. En voyant l'intégralité du travail accompli les gens se rendent compte du travail fourni et surtout de ce que ça va leur apporter dans leur avenir professionnel. Je reçois tellement de mails d'organismes par lesquels je suis passée sur des missions courtes (3 à 8 mois) pour me dire à quel point le classement établi, le travail fourni, bref l'intégralité de ce qui a été fait (généralement je rattrape entre 20 et 70 ans d'archives non-traités, non-classées, voir carrément laissées à l'abandon) a changer leur manière de travailler. Et tous sont d'accord sur le fait qu'il s'agit d'un travail "colossal" (leurs mots) qu'ils n'auraient pas pu effectuer eux-même. Nous sommes donc des anti-heros pour eux. Des gens pas trop sexy, dont le métier reste obscur, mais des gens qui sauvent leurs vies professionnelles. (Oui, je sais, les chevilles tout ça tout ça... laissez moi délirer un peu.) 

Écrire commentaire

Commentaires: 0