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L'archiviste et les relations humaines

Ah, le grand sujet de débat, encore et toujours: l'archiviste et les relations humaines.

Oui, parce que s'en est un. J'en ai déjà parlé très certainement dans plusieurs de mes articles tels que les théories archivistiques du monde des bisounours, mais je ne me suis jamais réellement penchée sur le sujet comme aujourd'hui. Alors c'est partit !

 


L'image de l'archiviste planqué au fonds de la salle d'archives

Ça vous fait peut-être rire derrière votre écran, mais c'est la réalité. Voici l'image qu'ont les gens de nous: des personnes planquées dans leurs salles d'archives, antipathiques et asociales. 

Voici pour preuve une histoire (vrai) qui m'a profondément marquée au tout début de ma carrière professionnelle, lorsque les missions d'archivistes ne tombaient pas encore du ciel et que je devais encore chercher des offres de CDD par moi-même et passer des entretiens (oui, mes chevilles ont gonflées depuis). Donc un jour, après ma réponse à une offre d'emploi pour une commune près de chez moi, j'arrive à décrocher un entretiens auquel je me rends, fraîche et pomponnée, avec le sourire et le dynamisme d'une jeune femme de 21 ans, extrêmement motivée. L'entretiens commence en procédure habituelle, avec le Maire, la responsable des ressources humaines et la bibliothécaire/archiviste en poste, qui devait partir à la retraite. Tout se passe bien, jusqu'au moment ou la discussion vient à évoquer les relations au travail. Moi, honnête et candide déballe mon idée que l'image de l'archiviste au placard est dépassée et que c'est à nous de changer cette idée en essayant au maximum de nous intégrer à l'équipe par le dialogue. Mais que n'avais-je pas dit la... voici l'archiviste en poste qui monte au créneau d'un seul coup en m'expliquant que "cette vision est vraiment ubuesque (oui elle avait bien dit ubuesque), il n'y a aucun intérêt à s'intégrer autant que vous le soulignez. Nous sommes archivistes, nous devons accepter d'être mis à l'écart, c'est notre quotidien."

Oui. Elle m'a bien dit ça. Ce qui m'a profondément choqué. Car pour moi, et excusez mon langage un peu cru, c'est à cause de collègues comme ceux là que notre réputation ne s'améliore pas et que nous sommes exclus par principe à l'écart. Et je ne suis pas du tout partisane de cette idée. C'est peut-être du à mon jeune âge et à ma récente activité dans le métier, mais je pense qu'il ne tiens qu'à nous de changer cette image.

Pourquoi tisser des relations ?

Déjà parce qu'on est au 21ème siècle. A l'époque des réseaux sociaux, de l'internet et de toutes les nouvelles technologies qui poussent comme des pâquerettes un peu partout dans le monde. Il faut savoir s'adapter, se mettre un minimum à la page. Pourquoi ? Eh bien par exemple parce que le 1er réflexe de beaucoup d'employeurs est de faire une recherche google sur chaque candidat postulant à un poste, et cela est aussi le cas dans notre profession. Je me souviens notamment d'un ancien maître de stage qui choisissait ses stagiaires de cette façon. 

Ensuite au niveau professionnel, être un minimum sociable ou essayer de s'intégrer est un véritable plus premièrement pour votre travail en cours, et deuxièmement pour votre futur carrière professionnelle. Je m'explique.

Concernant votre travail actuel, s'intégrer à l'équipe permet tout d'abord de pouvoir aborder le sujet des archives au sein de chaque service plus facilement et plus sereinement. Les collègues auront moins d'a-priori et seront davantage enclins à vous écouter et surtout à appliquer vos directives si vous leur montrez qu'avant d'être archiviste vous êtes une personne. Attention, pas une psychologue (à moins que ce soit votre truc d'écouter les gens se plaindre), mais bien faire comprendre que vous êtes un membre de l'équipe à part entière. Ce processus d'intégration passe par plusieurs étapes qui je pense sont incontournables et qui ont toujours ponctionnées pour moi : 

  1. Passer dans chaque bureau tout les matins pour dire bonjour. Même si vous êtes de mauvaises humeur, un simple bonjour change la donne, croyez-moi. 
  2. Intégrer rapidement les codes de la pause café. Combien de pause café par jour, combien de temps, qui y participe, qui fait le café, est-ce bien vu ...? Bref, tout ce que vous pouvez intégrer, faites-le et participez-y un minimum une fois par jour.
  3. Ne pas hésiter à proposer des sorties entre collègues. Ça peut être des sorties anodines, aller faire un tour entre midi et deux sur le marché du village, aller boire un coup après le boulot, aller manger au restaurant... j'ai remarqué que ces petits rendez-vous permet généralement d'améliorer le dialogue.
  4. Laisser la porte de son bureau ouverte. C'est un petit détails mais qui fait toute la différence. Si votre porte est ouverte, les autres sont davantage susceptibles de glisser la tête pour faire un petit coucou, de venir vous parler, et surtout de s'adresser à vous en cas de problèmes ou tout simplement pour une explication sur un traitement archivistique. Je ne ferme ma porte que dans de très rares cas : lorsque je suis d'une extrême mauvaise humeur (ce qui m'arrive peut être 3 fois par an), lorsque j'ai des dossiers sensibles et/ou confidentiels à traiter ou lorsque j'ai une discussion professionnelle que ne concerne pas les autres services.
  5. Passer dans chaque bureau tout les soirs pour dire au revoir. Au-delà de la simple politesse comme le bonjour du matin, dire au revoie à tout le monde à une autre fonction: cela permet de montrer à tout le monde à quelle heure vous partez. Parce que oui, il peut y avoir des personnes mal intentionnées qui disent au grand patrons que vous partez 1/4 d'heure en avance chaque jour. Sauf que si chaque jour vous allez dire au revoir avant de partir, le patron sais déjà que c'est faux. Et toc.

Concernant votre future carrière professionnelle, se faire des relations, voir dans certains cas des amis au travail permet de se former une réputation que vous pouvez modeler en fonction de vos attentes et de vos souhaits pour l'avenir. Ça peut paraître idiot et totalement intéressé, mais je vais vous dire un truc: c'est comme ça que marche notre société aujourd'hui. Se faire un carnet d'adresse est primordiale. La preuve en est que je ne cherche plus d'emploi à l'heure actuelle car on me contacte sur recommandation exclusivement par le bouche-à-oreille. Cependant être gentille et savoir s'intégrer à l'équipe pour obtenir une bonne réputation ne suffit pas, il faut savoir bosser. Oui, bosser. Comme une acharnée. Si j'ai bien compris quelque chose c'est ça, si vous ne bossez pas suffisamment et surtout correctement (enfin faut quand même y aller pour pas faire ça comme il faut), vous ne bosserez plus. Car à chaque procédure d'embauche vous pouvez être certain que la RH aura appelé un contact qui a déjà travaillé avec vous, simplement pour récolter des informations. Ça m'est arrivé aussi, ce qui m'amène à dire qu'il faut aussi savoir aider, qu'il s'agisse de simple collègues ou d'autres archivistes avec lesquels vous serez (ou non d'ailleurs) amené à travailler un jour. Il m'arrive fréquemment de recevoir des appels d'anciens collègues (mairies ou autres) pour me demander des renseignements sur certaines personnes avant de les embaucher. Et je n'ai aucun scrupule à donner mon avis, toujours professionnel attention. Je pars du principe que si je peux aider quelqu'un à trouver du travail, je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas. Au-delà du bénéfice relationnel, cela permet de jauger la confiance qu'ont les contacts en votre jugement. 

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