· 

Archivistes, bibliothécaires et muséologues - l'éternelle bataille.

Disclaimer : attention ! Article à prendre avec des pincettes ! Parce que je vous vois hein, derrière votre écran, tous vous enjailler !  Si vous voulez vous lancer dans la bataille faites-le avec courtoisie mes agneaux. 

Depuis la fin de l'année 2018 je reçois pas mal de messages de personnes souhaitant devenir archivistes (soit suite à leur études et donc diplômes, soit suite à une reconversion professionnelle). Après un bon moment à discuter avec une consœur (Melainebook si tu passes par là) qui rencontre quelques difficultés pro, je me suis rendu compte qu'elle n'était pas au courant de la gueguerre inter-professionnelle qui agite les agents du patrimoine, en France tout du moins. Et que cela pouvait expliquer pas mal de choses concernant les problèmes dont elle me faisait part.

Alors je vous vois venir là "Non, mais je vois pas de quoi tu parles, c'est n'importe quoi ..."

Alors arrêtons l'hypocrisie à deux balles et parlons franchement : la plupart des archivistes ne peuvent pas s'encadrer les bibliothécaires, les muséologues non plus et vice-versa dans tout les sens.


Tout d'abord, un petit peu de théorie pour poser les bases

Quoi de mieux pour étayer une théorie que de s'appuyer sur des définitions. 

Archiviste

Définition tirée du site de l'Association des Archivistes Français, assez complète et explicite : 

 

"L’archi­viste est res­pon­sa­ble des archi­ves (ensem­ble des docu­ments, quel que soit leur sup­port et quelle que soit leur date, pro­duits ou reçus par les per­son­nes ou les orga­nis­mes publics ou privés) de l’entre­prise, l’admi­nis­tra­tion, l’asso­cia­tion... où il tra­vaille. Il est chargé notam­ment de la conser­va­tion des archi­ves his­to­ri­ques, mais il inter­vient également en amont de la chaîne de trai­te­ment de l’infor­ma­tion et sen­si­bi­lise les ser­vi­ces à ce prin­cipe essen­tiel : un docu­ment est un docu­ment d’archi­ves dès sa créa­tion.

 

Gardien de la mémoire des orga­ni­sa­tions, l’archi­viste est aussi un média­teur : en valo­ri­sant les archi­ves et en les com­mu­ni­quant aux publics qui le sou­hai­tent, il trans­met et fait vivre cette mémoire. Il contri­bue au par­tage des connais­san­ces.

 

L’archi­viste doit connaî­tre le passé, maî­tri­ser le pré­sent et pré­pa­rer l’avenir : les docu­ments d’aujourd’hui seront demain les maté­riaux de l’Histoire."

Bibliothécaire

Pour les bibliothécaires j'ai pris une définition qui me parait simple et précise provenant de notre grand ami le Larousse en ligne "Personne chargée de la classification, de la conservation, du développement et de la communication des ouvrages d'une bibliothèque."

Muséologue

Concernant nos amis les muséologues je n'ai pas réussi à trouver de définition du métier assez complète et détaillée qui me satisfasse, d'ailleurs la plupart des définitions (en ligne ou sur papier) renvoie directement à la définition de la muséologie. Et je me suis rendu compte qu'apparemment il y a une différence entre muséologie et muséographie. J'ai donc décidé de présenter les deux avec des définitions tirées du Larousse en ligne : 

  • Muséologie : Science de l'organisation des musées, de la conservation et de la présentation des objets qu'ils détiennent.
  • Muséographie : Ensemble des notions techniques nécessaires à la présentation et à la bonne conservation des œuvres des musées.

Si j'ai donc bien compris, la muséologie est la matière d'étude plus globale, et la muséographie est une matière plus poussée dans la réflexion (spécialistes n'hésitez pas à me reprendre ou à clarifier la définition dans les commentaires !).

C'est quoi cette histoire de gueguerre ?

Premier point à préciser : je suis totalement partiale dans cette affaire puisque je suis archiviste mouahahah ! 

 

La petite gueguerre inter-spécialité (pour que ce soit plus simple je vais l'appeler comme ça), existe depuis un bon moment. En fait elle existe certainement depuis que les 3 métiers ont eu des attributions et compétences bien définies, alors qu'avant ça les compétences étaient un minimum "fusionnées". De ceci découle souvent dans l'imaginaire collectif de notre chère société qu'un bibliothécaire c'est comme un archiviste et vice-versa, et qu'un archiviste est comme un muséologue et vice-versa, bref vous avez compris. Je ne compte plus le nombre de fois ou on m'a dit "mais t'es archiviste, donc tu peux travailler comme bibliothécaire ou dans les musées !".

Il en est hors. De. Question.  Premièrement les 3 métiers sont extrêmement différents, rien que dans leurs méthodes de classement et la législation applicable à chaque corps. Je ne pourrais pas faire bibliothécaire, pas seulement parce que je n'en ai pas envie (même si c'est la raison principale), mais parce que tout simplement je ne suis pas compétente et je n'ai pas la formation nécessaire pour faire ce métier. Lorsque j'ai essayé d'expliquer ça à mon conseiller Pole emploi la première année je me suis confronté à un mur. Visiblement il comprenait pas ce que je lui disait mais en plus de ça pour lui "Bibliothécaire = archiviste" et il avait ce petit regard sournois de *pourquoi tu me casse les bonbons quand je te propose un emploi en bib*.

 

J'en était arrivé à un point ou pour lui faire comprendre j'ai du jouer à l'andouille et simplifier la chose au maximum sous la forme suivante :

 

Bibliothécaire : s'occupe des livres.

 

Muséologue: s'occupe de collection d'objets.

 

Archiviste: s'occupe de fonds d'archives, qui NE SONT PAS DES OUVRAGES !

 

Je lui ai servi ça exactement en ces termes là (est-ce que j'étais excédée ? Non. Pas du tout voyons. Ahahah.).

 

En plus de ça il existe une espèce de hiérarchie de la sexytude, et c'est véridique j'ai vérifié auprès d'un bon nombre de gens, qui est la suivante (Disclaimer - réactions réelles, répétées, et du coup étudiées par moi-même lors d'expériences que j'ai mené avec plusieurs collègues auprès de personnes lambda qui n'ont rien à voir avec les métiers de l'information, les réponses qui suivent sont celles qui sont le plus souvent observées):

 

Si je dis "Je suis muséologue" - Réponse "Ah ouai, classe". Allez savoir pourquoi, mais souvent la réponse que j'ai quand je demande pourquoi c'est que le muséologue est associé aux archéologues (ce qui n'est pas le cas en réalité) et donc à Indiana Jones. Ou bien on me parle du Louvre. Ça parait con, mais je vous assure que j'ai déjà eu ce genre de réflexions plusieurs fois.

Niveau de sexytude 4/5.

 

Si je dis "Je suis bibliothécaire" - Réponse "Ah cool, tu dois aimer lire alors." En gros on peut traduire ça par "Ouai, bof, si ça te plait c'est l'essentiel" ou bien par "Cool, tu passes ta journée à lire, c'est un métier relax".

Niveau de sexytude 3/5.

 

Si je dis "Je suis archiviste" - Réponse "C'est quoi ça ?" ou bien "Tu tri du papier toute la journée ? Tu peux venir le faire chez moi." ce qui peut se traduire par "c'est un métier qui existe encore ça ?" ou bien "T'es un larbin et ton métier sert à rien mais comme je suis gentil je vais pas le dire comme ça."

Niveau de sexytude 0/5.

Oui mais d'ou elle vient cette gueguerre ?!

 

J'y arrive, j'y arrive ! 

 

Donc déjà qu'être un professionnel dans un corps de métier qui n'est pas reconnu par une partie de la société comme un métier utile et sexy, si en plus on doit être confondu dans 40% des cas avec nos confrères du monde de l'information et de la culture, ouai ben ça vous mine le moral.

 

Mais la source du conflit inter-spécialité  vient du fait que le champs d'action de chaque partie est à la fois complexe et mal définit. Par exemple, les bibliothèques gèrent des collections d'ouvrages (jusque là logique), mais certaines sont amenées (souvent par le biais de dons privés) à intégrer dans leurs collections des archives. Je parle bien d'archives et pas de livres ou d'ouvrages. MAIS POURQUOI BORDEL ? Ça c'est la genre de choses qui nous soûlent nous les archivistes. Pourquoi un fonds d'archives serait géré, classé et conservé par une bibliothèque CECI N'EST PAS LOGIQUE !

C'est encore pire lorsque cela arrive dans une structure ou un service d'archives et en place avec de vrai archivistes.. Pareil pour les muséologues. Une fois il m'est arrivé de parler avec un conservateur qui râlait parce que suite à des découvertes archéologiques une partie des objets ayants été découverts étaient partis pour traitement, classement, conservation et surtout exposition dans la bibliothèque de la ville. Encore une fois, POURQUOI ?

Ces objets avaient leurs places dans un musée et pas dans une bibliothèque. En plus de ça, la collection archéologique était éclatée entre le musée et la bibliothèque, et sans uniformisation au niveau de leur classement, ce qui est d'autant plus rageant. 

Attention, l'inverse arrive aussi fréquemment. Voir dans un répertoire d'archives que des ouvrages ont été cotés (alors qu'ils n'ont rien à faire là, qu'ils ne sont en rien reliés au fonds) ça me fatigue. Il m'est d'ailleurs déjà arrivé de rapporter des livres anciens en bibliothèques tout simplement parce que ce n'étaient pas des archives et qu'ils ne faisaient pas non plus partie du fonds que j'était en train de traiter.

 

Un cas cependant est un peu plus complexe : le don de fonds d'archives associés directement à des objets (par exemple des dons archéologiques, des dons de personnes célèbres, d'artistes ou  d'architecte). Là il est vrai qu'il est plus délicat de déterminer qui aura la responsabilité de traitement car il parait impensable d'éclater le fonds pour envoyer les archives aux archivistes et les objets aux muséologues. De plus les archives peuvent être considérées comme des objets, donc si on commence à jouer sur les notions on est pas sortis de l'auberge. Je pense pour ma part que lorsque les archives font partie d'une collection réelle constituée essentiellement  d'objet alors la priorité revient aux muséologues. Cependant lorsque les objets servent a étayer le contenu intellectuel des archives alors la priorité aux archivistes.

 

Par exemple (attention je dis n'importe quoi mais c'est pour illustrer) : un fonds d'archives musical avec des échantillons de cordes à violoncelle reviens aux archivistes, alors qu'une collection d'instrument à cordes anciens avec laquelle a été trouvé des partitions avec des notes d'auteurs reviens aux muséologues.

 

Donc oui, quand je vois un fonds d'archives qui part en bibliothèque ça à le don de me faire grincer des dents, surtout quand les bibliothécaires sont tellement contents qu'ils te rabâchent les oreilles avec le "merveilleux travaille" qu'ils ont effectué. Je suis certaines que ça doit être pareil pour les muséologues et le bibliothécaires, mais bon.

Écrire commentaire

Commentaires: 1
  • #1

    Barbara ROTH (mercredi, 17 juillet 2019 18:02)


    « Les frontières entre les professions des archives, des bibliothèques et des musées : une tendance à se confondre », dans La Gazette des Archives, n° 249 (2018/1), Les archives au centre du patrimoine culturel. Actes du VIIIe colloque des archivistes de l’Arc alpin occidental, 12-14 octobre 2017, p. 51-62.