Qu'est-ce qu'un archiviste ?

"L’archi­viste est res­pon­sa­ble des archi­ves (ensem­ble des docu­ments, quel que soit leur sup­port et quelle que soit leur date, pro­duits ou reçus par les per­son­nes ou les orga­nis­mes publics ou privés) de l’entre­prise, l’admi­nis­tra­tion, l’asso­cia­tion... où il tra­vaille. Il est chargé notam­ment de la conser­va­tion des archi­ves his­to­ri­ques, mais il inter­vient également en amont de la chaîne de trai­te­ment de l’infor­ma­tion et sen­si­bi­lise les ser­vi­ces à ce prin­cipe essen­tiel : un docu­ment est un docu­ment d’archi­ves dès sa créa­tion.

Gardien de la mémoire des orga­ni­sa­tions, l’archi­viste est aussi un média­teur : en valo­ri­sant les archi­ves et en les com­mu­ni­quant aux publics qui le sou­hai­tent, il trans­met et fait vivre cette mémoire. Il contri­bue au par­tage des connais­san­ces.

L’archi­viste doit connaî­tre le passé, maî­tri­ser le pré­sent et pré­pa­rer l’avenir : les docu­ments d’aujourd’hui seront demain les maté­riaux de l’Histoire."

Source : Association des Archivistes Français

Pas très glamour tout ça...

Mais avez-vous bien compris ce qu'on fait réellement en arrivant au travail le matin ? 

Concrètement, on sert à quoi ? 



Tout d'abord, premier point à préciser, il existe une multitude de spécialités dans le métier d'archiviste: archiviste audiovisuel, archiviste communal, archiviste-chercheur, archiviste d'entreprise, record-manager, archiviste spécialisé dans les archives anciennes, archiviste spécialisé dans les archives électroniques... bref tout un panel que je n'en finirais pas de citer. Mais même si nous avons chacun nos spécialités, le métier de base est le même : archiviste. 

Alors concrètement je passe ma journée à faire quoi ?

La première chose que je fais en arrivant au bureau c'est prendre un café. Oui je sais, pas très professionnel tout ça. Et bien si ! Parce que pendant que je prends le café, je fait le tour de chaque service pour dire bonjour, saluer mes supérieurs et savoir si Ginette a passé un bon week-end ou pas, et ça c'est très important d'accord ! Pourquoi ?

Principalement parce que les autres services nous voient généralement comme des êtres reclus à la cave, poussiéreux, cheveux grisonnants, antipathiques et asociaux qui passent leurs temps à marmonner et qui aboient méchamment lorsqu'on on essaie d'accéder aux dossiers archivés.

Ensuite je me dirige d'un pas léger vers mon antre, la salle d'archives. Il est vrai qu'elle est généralement isolée.

Mal éclairée. Poussiéreuse. A ma charge de la rendre plus attrayante, d'abord en laissant la porte (de mon bureau) ouverte, mais aussi par d'autres animations qui rendront tout ça un peu plus joyeux. Visiblement ça marche plutôt bien car j'ai toujours plusieurs visites dans la journée. Mon bureau est composé (souvent et quand l'organisme dans lequel je suis intégrée a les moyens de me les fournir) d'un bureau, d'une chaise, d'un ordinateur et de l'indispensable table de tri qui sera remplie presque immédiatement par des montagnes de dossiers "à classer" ou "divers" que mes collègues auront gentiment "archivés" pour débarrasser leurs étagères débordantes de dossiers tous plus importants les uns que les autres... 

Voilà, mon travail ça va être ça. Reprendre intégralement l'organisation des archives (papiers pour ma part), les répertorier, les remettre en état lorsque les trombones ont rouillés, les faire sécher lorsqu'on ont été inondés, les classer dans de jolies boites et de manière ordonnée, leur attribuer un numéro d'identification (ou cote dans notre jargon) et les mettre sur étagère, déterminer ce qu'on à le droit ou pas d'éliminer pour faire de la place, et plein d'autres choses chronophages et migraineuses que personne n'a prit le temps de faire. Pourquoi ? 

Et bien pour que Ginette qui cherche la facture n°5567 de 1999, ou bien encore le dossier de contentieux d'il y a 30 ans, ne passe pas plus de 5 min à le trouver. Pour que ma collègue dont la maison a brûlé puisse récupérer une copie de tout les bulletins de salaire des 20 dernières années pour avoir droit à la retraite. Pour que les gendarmes ne passent pas trois plombes à se demander s'il y avait un ancien cimetière à cet endroit "parce que tu comprends pendant les travaux on a trouvé des ossements et des morceaux de remparts très anciens"... (Oui, situation réelle et bien chi**** !). 

Ah oui, et accessoirement parce que retracer l'histoire d'un organisme, ça peut être intéressant. Même souvent. 

Alors pour être archiviste qu'est-ce qu'il faut faire ?

Je le dit tout de suite: ce n'est pas une nécessité ABSOLUE de lire et parler le latin, le grecque ou l'hébreu. Moi je ne parle que le français et l'espagnol, et ça me va très bien. Forcément que pour travailler sur des fonds d'archives un peu plus anciens ça risque de vous poser problème, mais avant d'accéder à ce genre de poste, va falloir vous battre (ou vous faire pistonner, au choix.)

Pour faire ce métier vous pouvez passer :

  • Première option par la voie classique : licence, puis master si vous en voyez l'utilité. On en compte que quelques unes en France, donc si vous êtes perdus au fin fonds de l'Ariège va falloir bouger. 
  • Deuxième option par la voie royale: l'école des Chartes. Un peu plus cher, un peu bobo sur les bords d'après ce qu'on m'a dit, mais au moins vous êtes sûr d'avoir un apprentissage et des connaissances en béton (normalement).

Ça implique quoi ?

Pas mal de choses en fonction de votre poste.

Si vous êtes sur "le terrain" (ce qui est mon cas) dans des lieux/organismes ou rien n'a été fait depuis plus de 30 ans, et que tout se trouve à la cave, grenier, hangar, salle sur le point de s'écrouler, ou que sais-je, vous pouvez vous préparer à être dans un environnement poussiéreux et à faire connaissance avec la moisissure, les araignées et parfois même les souris ou les rats. 

 

Ça implique : 

  • d'être en forme  car vous serez amené bien souvent à effectuer la manutention vous-même.
  • de ne pas tenir à ses vêtements. 
  • d'essayer de ne pas hurler devant le cadavre d'une souris morte parce que de toute manière personne ne viendra l'enlever.

Concernant le mental, si vous êtes assujettis aux migraines, je vous souhaite bonne chance. Mais le point le plus important (à mon avis, ce ne sera peut être pas le même pour une autre personne) c'est la conscience professionnel et la règle du silence. Il y aura toujours, TOUJOURS, des personnes, secrétaires, élus, responsables de services, directeurs, etc, qui essaieront soit de ne pas suivre les règles de conservations et destructions minimales à observer, soit de glaner des informations confidentielles ou tout simplement qui ne les regardes pas et dont vous, en tant qu'archiviste vous n'avez pas le droit de leur communiquer.

Devoir de réserve, discrétion professionnel, secret professionnel, appelez ça comme vous voudrez, mais sachez que ça arrive (et pas qu'une fois) de devoir se battre pour faire respecter les règles, et surtout pour ne pas que ça retombe sur votre jolie petite tête ronde qui vie au pays des bisounours. 

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